revue de presse

Vie des hauts plateaux

              Marie M. a lu "Vie des hauts plateaux" (16 octobre 2015)

              Denis Billamboz a lu "Vie des hauts plateaux" (4 octobre 2015)

Correspondance Philippe Annocque par Nathalie Jungerman et "Vie des hauts plateaux" par Corinne Amar (été 2015)

                        Entretien Philippe Annocque-Louise Bottu
                         à propos de Vie des hauts plateaux

 

 




Louise Bottu  : Philippe Annocque, parlons de Vie des hauts plateaux, votre dernier ouvrage, un livre tout à fait réjouissant qui se lit d’une traite...

...qui se lit d’une traite mais sur lequel on est pressé de revenir pour percer, les règles, ou les lois, de
son univers. Car les usages sociaux et relationnels y sont pour le moins bouleversés… Ou faudrait-il dire subvertis ?
         
Philippe Annocque : Peut-être plutôt subvertis que bouleversés. Je suis très sensible à l'absurdité des règles qui régissent les relations sociales, et même la vie quotidienne en général. Ou plutôt, il suffit que j'arrête un peu mon regard sur ces règles pour éprouver très vivement le sentiment de l'absurde. J'avais envie de jouer un peu avec ces règles pour faire partager ce sentiment.

          
LB : Mais des règles, celles-ci ou celles-là, il y en a toujours ; c'est pourquoi je disais qu'on était tenté de comprendre celles des hauts plateaux dont l'univers nous déroute. Quand on cherche "subversion" dans le petit Robert, on tombe sur cette citation de Camus pour qui le surréalisme "a voulu trouver dans la démence et la subversion une règle de construction."
         

PhA : On n'échappe pas aux règles, et l'écrivain moins que tout autre, contraint qu'il est par un langage qui lui préexiste. J'essaie pour ma part de procéder à une sorte de libération paradoxale qui consiste à choisir délibérément des règles que je me fixe le temps d'un livre, et qui changent d'un livre à l'autre. La contrainte d'ordre langagier ou même oulipien est parfois une option, mais ce n'est pas ce que j'ai retenu pour Vie des hauts plateaux. Très conscient de n'être pas à moi seul l'auteur de mes livres (se croire complètement l'auteur n'est à mes yeux qu'une illusion), j'essaie d'inventer le moyen de ne pas tout inventer moi-même. C'est pourquoi ce qui est dit dans Vie des hauts plateaux est parfois si déroutant : une part de hasard y préside, dont je ne suis que l'observateur scrupuleux, laquelle me fait peut-être d'ailleurs croiser le surréalisme, même si je ne m'en suis pas posé la question en écrivant.


LB : Cette part de hasard, la conscience de ne pas être le seul auteur de ses livres (et plus généralement de ses actes ? ), ce passage du statut d'acteur à celui de spectateur (tantôt le narrateur décide, tantôt il suit le programme, ou bien on lui suggère telle action ; un narrateur qui ici joue, là est le jouet d'un certain déterminisme, ou du hasard ; un narrateur qui change de nom, de sexe, de couleur), cette mise à mal de nos représentations, tout cela n'est pas sans rappeler le théâtre dans le théâtre, cette mise en abyme que bien des dramaturges ont mise en œuvre (Shakespeare, Pirandello, etc.) et qui, sous le ton léger, en nous faisant perdre nos repères, nous trouble, nous déstabilise...
          
             
PhA : C'est vrai que je me vois souvent comme un interprète. J'ai longtemps pratiqué le théâtre en amateur, et même si je n'ai jamais vraiment écrit pour le théâtre, ma pratique de l'écriture me conduit à varier aussi bien les incarnations - les rôles - que les fonctions. L'écrivain est à la fois Dieu capable / coupable des décisions les plus arbitraires, et il est en même temps lui-même le jouet de forces qui le dépassent et le déterminent. Il est à la fois le joueur et le jouet. Cela se traduit dans le protocole singulier choisi pour écrire Vie des hauts plateaux, et en même temps dans les microfictions "vécues" par les personnages, qui sont peut-être en effet comme une mise en abyme de ma façon de concevoir l'écriture.>


LB : Votre écriture, précisément, puisque vous en parlez. Vie des hauts plateaux nous révèle un univers où tout se dérobe sous nos yeux, et la langue pour le dire, la langue pour dire l'inconstant, le fuyant, le changeant, cette langue est limpide et paraît le seul (ou presque) élément stable, une langue qui coule, et en coulant assure paradoxalement une certaine permanence, comme de la fermeté.


PhA : Oui, la langue dans laquelle j'écris est toujours  subordonnée au projet - et diffère parfois considérablement d'un livre à l'autre - et j'ai souhaité que Vie des hauts plateaux soit écrit dans la langue la plus simple possible, avec la simplicité de l'évidence. J'ai l'impression que nous vivons pris dans un perpétuel hiatus entre l'évidence et l'opacité du monde, et c'est quelque chose de cet ordre que je souhaite faire sentir.
        

LB : Comme vous avez subordonné votre langue au projet, vous avez étroitement lié le projet au moyen choisi pour le rendre. Pour donner au projet la forme de Vie des hauts plateaux, vous avez choisi un procédé plutôt inhabituel (à moins que le moyen n'ait déterminé la fin ? ).
Il est question dans la quatrième de couverture d'"un dispositif que n'identifiera pas forcément [...] le lecteur même lettré". Certains indices, toutefois — le rôle du téléphone portable, l'allusion à un programme, le processus des métamorphoses, les interludes, etc. —  auront alerté le lecteur attentif. Dites-nous en davantage sur votre démarche, sur la genèse de Vie des hauts plateaux.

         
         
PhA : Quand j'ai commencé mon blog Hublots, fin 2008, j'ai tout de suite eu envie que ce soit un espace varié, qui fasse une place à mon écriture, et plus précisément à des aspects de mon travail qui n'étaient pas visibles dans mes livres déjà publiés. L'idée, c'était de donner un peu de champ pour mettre en perspective des textes apparemment très différents (on pourrait trouver qu'il y a rien en commun entre l'hyperréalisme de Rien (qu'une affaire de regard) ou de Liquide et l'apparente fantaisie de Vie des hauts plateaux - alors que). Je souhaitais - je souhaite - que la lecture de l'un donne du sens à la lecture de l'autre. Et voilà qu'en regardant mes garçons jouer - et beaucoup en les écoutant aussi -, je me suis rendu compte qu'il y avait là une belle possibilité de dire le monde autrement. On aura deviné de quelle sorte étaient leurs jeux. En y participant, je me suis rendu compte qu'il y avait là toute une matière insoupçonnée, notamment dans les imperfections, les limites et n'ayons pas peur des mots, les bugs eux-mêmes ; et qu'il était possible de transformer tout cela en objets poétiques. Mes deux fils sont entrés à leur tour dans mon jeu, et les remerciements dont ils font l'objet à la fin du livre ne sont pas qu'une marque d'affection : chacun d'eux est capable de repérer dans le livre ce que celui-ci lui doit. Ce qui était passionnant dans cette écriture, c'est que je sentais que j'allais quelque part mais sans savoir où ; l'écriture encore une fois rimait avec l'aventure. C'était d'autant plus intéressant que j'avais déjà des retours de lecteurs, puisque beaucoup de ces textes sont parus sur Hublots. Je voyais en direct ce que la lecture de mes fragments pouvait susciter de rêverie. Mais la perspective du livre n'a pas tout de suite été une évidence. Je n'écris pas systématiquement en vue de la publication, ce n'est qu'en cours d'écriture que le projet finit par me convaincre - ou non. Quand ça a été le cas, il a fallu tout reprendre : un livre et un blog, ça n'est pas la même chose. D'autant plus que j'avais désormais conscience d'offrir un livre en quelque sorte à deux lectures, les deux lectures étant susceptibles de procurer deux sortes de plaisir bien différents, avec l'espoir, au bout du compte, que certains lecteurs puisse aussi aller de l'une à l'autre, soit en découvrant soudain le secret de fabrication, soit en l'oubliant car, c'est mon intime conviction, il n'est pas non plus nécessaire de savoir.


           Anna Valenn parle de Vie des hauts plateaux

La librairie Mollat a aimé "Vie des hauts plateaux" (Ces mots-là c'est Mollat 13/02/2015)

Didier da Silva a lu "Vie des hauts plateaux" (Danses de travers 26/01/2015)

Arnaud Lankiri a lu Vie des hauts plateaux pour Culture chronique (29/12/2014)

Philippe Chauché a lu Vie des hauts plateaux pour La Cause littéraire (19/12/2014)

Aoulia a lu Vie des hauts plateaux — 2 décembre 2014 pour son carnet
Jacques Josse a lu Vie des hauts plateaux le 28 novembre 2014 pour remue.net
Claro a lu Vie des hauts plateaux le 4 novembre 2014 pour Le Clavier cannibale
Fiolof a lu Vie des hauts plateaux le 4 novembre 2014 pour La Marche aux pages
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