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Un divertissement

          Octobre 2015 : Isabelle Guilloteau a lu Un Divertissement de Jean-Louis Bailly pour
                                                        Dissonances n° 29, hiver 2015
Lundi 24 mars 2014 : Guénaël Boutouillet a (re)lu Un Divertissement de Jean-Louis Bailly

Un divertissement de Jean-Louis Bailly (Editions Louise Bottu)

 

« Mathieu s’est arrosé d’eau de toilette. Il a revêtu une chemisette repassée la veille par sa maman, et dans laquelle il se sent aussi engoncé que s’il portait guêtres, col dur et gilet à gousset. Interrogé sur Montaigne, il classe les Essais parmi les « romans », ce qui rejoint assez l’opinion que s’en fera Rousseau. Il a une autre idée personnelle : « Aujourd’hui on ne voyage plus pour connaître, juste pour se reposer ». Pour le bac, il compte surtout sur la gym et sur l’option musique (saxophone), alors Montaigne… Fabien lui succède. Ses lunettes sont grasses, elles gênent l’examinateur qui aimerait bien rencontrer ses yeux. Mais le garçon est si timide que son regard s’échappe sans cesse, vers ses pieds car il aimerait se réfugier au centre de la terre, vers la porte car il voudrait être très loin. Il parle d’une petite voix, encore inquiète d’avoir mué. Il a travaillé, récite des paragraphes entiers tirés de son cours, ou plutôt des notes qu’il y a prises. Parfois il comprend ce qu’il dit, alors son visage s’illumine. » Second roman de Jean-Louis Bailly paru en 2013 (après Mathusalem sur le fil, chez L’arbre vengeur), ce Divertissement nous conte une bien douloureuse traversée. Le narrateur est un professeur de lettre (comme l’auteur), amateur de lipogrammes (comme l’auteur, pataphysicien émérite) qui fait passer des oraux du baccalauréat à des lycéens tant désarmés que désarmants (d’inculture, de désintérêt, de candeur également), en tentant, spectre ou funambule livide, de ne pas céder à l’effondrement imminent causé par la mort de sa fille. Le « divertissement », emprunté à Pascal, que constitue cette routine harassante de l’interrogation orale, fait office de coton, cautérise –temporairement – cette plaie ouverte. N’en sachant rien, on ne quantifiera pas, c’est heureux, la part du vraiment-arrivé dans ce roman, pour ne pas céder à l’exhibition trop en vogue. Bailly se défie, comme cette jeune brillante candidate au bac, des errements « à la » Christine Angot, dont il lui fait affirmer : « Pour moi, Angot c’est cela : elle se promène toute nue en public, en attendant que vous la regardiez pour vous tirer la langue méchamment ». Jeune candidate éloquente, qui parvient à toucher cet homme qui s’est réifié, figé dans sa douleur comme en ses draps de lit froissés, à lui redonner, non pas le goût mais, du moins, un accès, à ce qu’on appelle la vie : « Et alors qu’on désespère : un miracle. Voilà. » La plume allègre, légère, la distance ironique de Bailly aident le lecteur à cheminer au cœur de cet état de deuil, en douleur et douceur – et le saisissement, l’émotion du narrateur,nous sont passés en finesse.

 

Découvrez les jeunes éditions Louise Bottu via leur site. http://www.louisebottu.com/

 

Le blog de Jean-Louis Bailly

 

Un divertissement roman Jean-Louis Bailly Éditions louise bottu (2013) 200 pages 12 x19,5 16 € ISBN 979-10-92723-00-

 

             Stéphanie Joly a lu "Un divertissement" pour Paris-ci la Culture n° 20, elle présente le livre
                                                    et s'en entretient avec Jean-Louis Bailly
                     Stéphanie Joly
 
a lu
 
"Un divertissement"
 
pour
 
Paris-ci la Culture n° 20,
 
elle présente le livre
 
et s'en entretient
                                                                    avec
 
 
 
                   Jean-Louis Bailly
Alain Girard-Daudon a lu "Un divertissement" pour la revue 303 (21 janvier 2014).

Quoi de mieux qu’une nouvelle maison d’édition pour célébrer une nouvelle année ? Louise Bottu est née il y a peu, à la fin de 2013, et nous offre à lire « Un divertissement », roman de Jean-Louis Bailly. Alors que l’été commence à vider les salles de classe, Pierre Helmont, prof de Français, s’apprête à faire passer le bac à quelques dizaines de lycéens fébriles. Comme chaque année… sauf que cette année là, si l’épreuve est un vertige pour beaucoup, elle apparaît comme une bouée de sauvetage à Pierre, père dévasté par la mort de sa fille, Lorraine. « Plongée indiscrète dans les coulisses du bac » résume la quatrième de couverture. Plongée indiscrète, surtout, dans la douleur d’un homme, dont l’activité ritualisée de professeur examinateur sauve un temps des abîmes de la désespérance. « Un divertissement » au sens Pascalien du mot…

 

Posée ainsi, l’histoire pourrait donner à penser à une épreuve aussi pour le lecteur, un drame lourd, insupportable. Il n’en est rien : c’est magistralement écrit, terriblement juste, sans pathos. Une écriture sans fioritures pour dire la lourdeur de la dérive d’un père désorienté par le choix du destin de sa fille. Jean-Louis Bailly parvient à un double divertissement : construire celui de Pierre, tout en tissant le notre, en parvenant à nous faire oublier, en l’espace de quelques phrases, le drame qui ronge Pierre. A l’image de l’échange qui se crée entre celui-ci et chacun des candidats qui se présentent face à lui, et dont chacun, ou chacune, colore sa peine d’une gamme de sentiments fugitifs et souvent contradictoires, Jean-Louis Bailly nous invite dans la danse des joies et renoncements, des anesthésies fugaces du cœur aux fulgurantes déchirures qui soudain se réveillent. Parce qu’on est tous à la fois des êtres agissant et des êtres souffrants et parfois agissant de travers. Pour qui soudain la souffrance est une clairvoyance contre les  impostures.

Lorraine n’était pas celle que rêvaient ses parents, et brûlait sa jeunesse dans des jeux interdits. Pierre, lui-même, ne s’est-il pas fourvoyé dans un mariage d’apparence, où l’amour résiste mal aux détresses indicibles ? Et, se croyant droit, honnête et père responsable, n’a-t-il pas précipité sa propre fille dans le vide ? De celui dont on ne revient plus. Cet été là, l’épreuve du bac est à l’épreuve des sentiments. De ceux qui font un homme, avec ses envolées et ses doutes, avec ses certitudes et ses blessures muettes, avec ses colères et son désarroi. « Un divertissement » place le lecteur devant lui-même, face à ses propres impostures, apaise aussi, autant que cela puissse être possible, la lancinante brûlure de celui dont la vie a dérapé, en offrant, dans le miroir, les multiples facettes de l’humain qui s’engage sur une route dont il ne pourra jamais éprouver tous les possibles. Les bons comme les mauvais.   Voir aussi : www.louisebottu.com

 

Anne Duprez

Philippe Annocque a lu "Un divertissement" de Jean-Louis Bailly —HUBLOTS 3 janvier 2014

 

un divertissement selon Jean-Louis Bailly

 

Flore tremble de tous ses membres. On hésite en la voyant : a-t-elle été, dans son enfance, exagérément couvée, ou battue tous les samedis soir à coups de ceinturon par un père alcoolique ? Elle a gardé de l’une ou l’autre expérience un regard craintif, une voix incertaine, une tête à claques, mais Pierre a l’habitude et se retient.

 

Eric, beau gosse, bronzé, une figure de mode. Il n’a rien compris, rien retenu, rien à dire, mais il le dit bien, avec l’aplomb du jeune homme solidement installé dans la société de l’image, et qui se verrait bien faire carrière sur les podiums ou à la télé. Il explique, chez Marivaux, le mot bouffon : c’est un méchant.

 

Magali formerait avec le bel Eric un couple modèle, digne d’orner les couvertures de magazines pour moins de seize ans (Dossier : comment devenir une salope, Test : êtes-vous un don Juan). Son hâle, ses yeux qui en promettent, sa bouche savoureuse, sont des arguments si imparables qu’elle peut se permettre quelques approximations dans son analyse des « Correspondances » baudelairiennes. « Il personnalise un symbole, qui est le parfum », « Tout est unifié, donc ça unifie tout », « Les transports de l’esprit et des sens, c’est-à-dire que tout va mal » : l’essentiel y est, juge-t-elle, elle ressort contente.

 

Hélène lit avec ferveur, analyse pertinemment, use d’un vocabulaire précis sans être pédantesque, se passionne sans perdre le contrôle ni se noyer dans un lyrisme hors de saison. Elle défend son texte, et le défendrait contre tous les ignares, tous les décérébrés, tous les esclaves de l’immédiat. Regard intelligent, physionomie franche et jolies épaules… les fées n’ont pu être aussi généreuses sans arrière-pensées : elle finira mal. D’ailleurs, est-ce bien un service à rendre à ces jeunes gens que de leur fourrer dans la tête des goûts et une subtilité de mandarin, de les condamner à n’être plus compris de personne ?

 

Bertrand annonce la fin de la matinée. Pendant qu’il achève sa préparation, Pierre procède à un pointage : faits, cinquante-deux, à faire, cinquante-six, s’il n’y a pas d’absents. Cet après-midi, il passera le cap de la moitié. Il accueille donc Bertrand avec bonhomie, passe sur de menues irrégularités, les critiques que Voltaire use, la façon que c’est raconté, certainement dues à l’émotivité qui commence toujours par s’attaquer au pronom relatif. Il a, comme beaucoup de jeunes gens de sa génération, un maxillaire inférieur taillé à la serpe, un triangle aigu qui condamne les dents de sagesse à l’éradication et les molaires à la crise du logement. Où sont les mâchoires carrées dans quoi nous lisions la virilité et la détermination ? Où es-tu, John Wayne ?

 

Ce qui est étrange, c’est de constater (mais Pierre ne s’appesantit pas sur pareille remarque) que l’image de Lorraine survient aux moments les moins attendus. Ce n’est pas en écoutant la fine Hélène, ou en regardant les jolis yeux expressifs de Magali, que le souvenir de celle qu’il a tant aimée s’impose, perturbe le jeu, renvoie cet exercice artificiel et pipé à son artifice et à sa tromperie. Mais c’est le regard glissant de Fabien, l’assurance d’Eric, une intonation tremblée de la craintive Flore, qui convoquent la figure de celle qui leur ressemble si peu. Et c’est ainsi que des séances qui pensaient le distraire de son obsession l’y reconduisent à l’improviste, dix fois par jour. Que dix fois par jour il est de nouveau saisi par la stupeur qui a été la sienne quand il a su. Qu’à chaque heure il lui faut maîtriser son tremblement, se composer l’expression de neutralité bienveillante que l’on attend de lui, revenir à toute cette littérature alors que sa vie a quitté les rivages de la littérature, cette vie désormais sans art et sans profondeur autre que celle du chagrin, cette vie de chien laissé, de plante desséchée, de pie veuve.

 

Jean-Louis Bailly, Un divertissement, Louise Bottu, 2013, p. 90 à 92.

 

Car le divertissement en question, c’est bien l’oral du bac lui-même. Il a beau être pris dans le sens pascalien du terme, on devine (surtout quand on a eu l’occasion soi-même de faire passer cet examen) quelle tragédie cachée cette improbable assimilation recouvre. On la découvrira peu à peu, selon un récit alterné comme Jean-Louis Bailly sait les faire – rappelez-vous son récent Mathusalem sur le fil –, où le présent de l’examinateur détermine les chapitres. Chaque chapitre correspond à une journée, d’examen ou de congé ; douze au total. Le « divertissement » y étant tout de même naturellement insuffisant, la pensée de Pierre Helmont, le protagoniste, est l’occasion de retours en arrière lors desquels on découvre peu à peu le drame dont il cherche à se distraire. Comme c’était le cas avec la fin de la course absurde de Mathusalem sur le fil, dans Un divertissement aussi le terme est annoncé, puisque avec la fin du bac prendra fin le « divertissement » et que le protagoniste devra faire face à son deuil et au rôle qu’il y a joué ; point de mire pour le lecteur et point d’orgue pour l’auteur. Troublante également, la manière dont Jean-Louis Bailly prête une partie de son œuvre réelle à son personnage. Pierre Helmont, le héros d’Un divertissement, est supposé en effet être l’auteur de la Chanson du Mal-Aimant, le plus long lipogramme sans e en vers, bien sûr calqué sur le poème d’Apollinaire, et que nous connaissions déjà avant la publication du roman. Une jolie manière de répondre à ceux qui trouvent que les contraintes oulipiennes sont de vains exercices : la vanité d’une entreprise peut aussi être une autre manière de dire la tragédie.

Où l'on n'arrête pas de parler de "Un divertissement" de Jean-Louis Bailly (Ouest-France mercredi 18 décembre 2013)
09/12/2013
 
 
Guénaël Boutouillet a lu
"Un divertissement",
de Jean-Louis Bailly,
pour Encres de Loire :
 
 
 
 
[...]
 
 
 
"La plume allègre, légère, la distance ironique de Bailly aident le lecteur à cheminer au cœur de cet état de deuil, en douleur et douceur — et le saisissement, l'émotion du narrateur se font nôtres."
 

 

 

Guénaël Boutouillet
Jean-Claude Vallejo (L'Iresuthe n° 28) a lu "Un Divertissement".
Philippe Chauché a lu "Un Divertissement"

 

 

Cela pourrait s'appeler Un Roi et ses divertissements, une manière toute naturelle, non d'oublier les mauvais tours du Diable (Probablement ! ), mais de passer d'agréable façon le temps qu'il faut bien occuper à autre chose  qu'à ressasser. Point de ressassement littéraire ici, mais le style implacable, l'art de la dentelle romanesque.

L'heure de l'oral du baccalauréat sonne pour Pierre, alors que le coq de la mort a chanté trois fois, l'heure d'écouter avec toute l'attention ces jeunes gens qui doivent à lui se présenter, ils vont ainsi occuper l'espace du roman qui par subtils croisement de fils livre ses terribles secrets de famille, qui conduisent au pire, le pire est parfois l'ange protecteur du romancier qui sait aussi par instant, autre croisement de fils, se faire moraliste, d'un divertissement, l'autre.  

 

" C'est exactement de cela que Pierre a besoin. S'installer dans une morne routine, c'est oublier ou nier l'exceptionnel qui l'a frappé. Se désespérer qu'on puisse prétendre au bac sans savoir lire, que Montaigne ou Rimbaud soient devenus muets, que la langue qu'on a aimée se meure, c'est déjà ne plus pleurer sur moi. "

 

" Le professeur qui, année après année, surjoue ses enthousiasmes, se force à l'optimisme, sourit à ses collègues, lénifie, encourage : imposteur. "

 

" Pierre, qui fréquentait La Rochefoucauld, transforma en maxime d'amour la réflexion retorse et quelque peu forcée dans laquelle le moraliste règle son affaire à la fidélité. Il s'efforça d'aimer sa femme avec système, pour une raison et une seule à chaque fois. La pureté, l'éclat de son regard lui suffit pour l'aimer un an. "  

 

" Dans la voiture, en rentrant, il ne cherche plus à se distraire. Les nouvelles de l'univers attendront, la radio se tait. Il se raconte les évènements, non par besoin morbide de ressasser, mais pour élaborer une histoire cohérente, début, milieu et fin qu'il puisse lire comme un roman. "

 

Un divertissement est ce roman, drôle, touchant, intrigant, pétillant et divertissant, seule chose qui nous console de nos misères.

 

Philippe Chauché

« Un divertissement » de Jean-Louis Bailly.

 

Bailly, Jean-Louis, Louise Bottu

12 septembre 2013

de Librairie Ptyx

 

s’associer à la douleur de l’autre c’est d’abord le remercier d’avoir pris sur lui tout ce malheur qui cette fois encore vous a oublié.

Pierre Helmont a perdu sa fille.  Enseignant, il part surveiller les épreuves du BAC dans une petite ville en bord de mer.  Au fur et à mesure des épreuves se dévoilent les circonstances douloureuses du décès, jusqu’au finale inattendu et terrible.

comme dans un cauchemar, la dissociation entre ce que l’on vit et ce que l’on voit, l’impossibilité d’insérer sa personnalité dans une réalité absurde, et l’impossibilité de la fuir.

Qu’est ce que se divertir?  Quelles sont les possibilités de divertissement?  Quelles sont les possibilités du divertissement? Pour Pierre Helmont, les épreuves du bac qu’il fait passer le divertissent des pensées de la mort de sa fille.  Pour les candidats, c’est du BAC qu’il s’agit de se divertir.  Pour sa fille, le divertissement prend une teinte plus tragique.  Ce qui nous divertit peut devenir ce dont d’autres cherchent à se divertir.  Non seulement, dans cette perversion de l’idée pascalienne du divertissement, le jeu est pris pour le sérieux, aussi le sérieux de l’un est devenu le jeu de l’autre.  Dans notre course à ne pas nous confronter au néant, nous faisons s’y engouffrer plus profondément l’autre.

C’est une imposture!  Oui mais parmi tant d’autres.

Alors que le divertissement a pour fonction d’éloigner de l’essentiel pour ne pas étouffer dans celui-ci, et donc, dans la prise de distance que le divertissement permet, mieux l’appréhender, son pervertissement le fait passer pour l’essentiel même.  Et c’est précisément cette prise de distance que re-permet l’acte qu’est lire « Un divertissement ».  La mise en perspective du divertissement se fait ici en divertissant le lecteur, en en renseignant les codes.  Dire la chose.  Et utiliser pour la dire sa substance même.  « Un divertissement » est une imposture, comme tout roman.  Mais une imposture qui s’attelle, en finesse, comme toute écriture qui vaille la peine, à questionner les conditions de l’imposture.

Et le bac pour oublier.

 

Jean-Louis Bailly, Un divertissement, 2013, Louise Bottu.

Librairie Les Nuits blanches, Nantes 2013
Béatrice Limon a lu "Un divertissement" de Jean-Louis Bailly
 
Ouest-France

 

Vendredi 23 août 2013

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